Capital humain et défense : un enjeu stratégique pour l’Europe

19 mars 2025

85 ans après la dernière mobilisation en France, l’Europe se retrouve confrontée à de nouveaux défis géopolitiques et sécuritaires. Entre la pandémie récente et les menaces hybrides croissantes, notre continent doit réévaluer ses priorités. Dans cet article, Nicolas Rogier donne des pistes sur la façon dont l’Europe peut concilier la transition énergétique avec les impératifs de défense et de souveraineté, tout en mobilisant ses entreprises et ses talents pour relever ces défis.

En 1975, soit 30 ans après la fin de la 1ère guerre mondiale, Nino Ferrer chantait “Le sud” :

Il y a plein d’enfants qui se roulent sur la pelouse

Il y a plein de chiens

Il y a même un chat, une tortue, des poissons rouges

Un jour ou l’autre

Il faudra qu’il y ait la guerre

On le sait bien

On n’aime pas ça

Mais on ne sait pas quoi faire

On dit « c’est le destin »

Le tocsin a officiellement retenti en France pour la dernière fois le 3 septembre 1939, pour annoncer la mobilisation. 85 ans de paix sur le continent européen (relative, et si l’on exclut la guerre des Balkans, déjà une sorte de vigie dans les années 90) ont progressivement gommé de notre inconscient collectif le sens de la gravité et du danger aux frontières (dont Régis Debray parlait déjà en 2010 dans son “Eloge des frontières”). La “petite musique” de l’actualité géopolitique de ces derniers temps annonce clairement la couleur.

Notre continent européen se heurte à une nouvelle épreuve collective, succédant à celle de la pandémie il y a 5 ans, conjointement à la pression de menaces hybrides et cela dans un rythme diffus et en accélération continue (avec l’IA). Une crise en chasse une autre et l’échiquier planétaire semble donner la part belle aux “fous” impulsifs.

On pensait l’économie verte, sociale et solidaire être le fougueux combat d’avant-garde de notre génération – et des suivantes – (en faveur de la transition énergétique et la maîtrise du changement climatique), apte à redonner du sens au travail, or celui-ci semble devoir aujourd’hui céder la place à un enjeu prioritaire de sûreté et de souveraineté qui nécessite la remise en marche instantanée d’une économie orientée vers la Défense. Espérons pouvoir faire coexister ces combats prioritaires, l’avenir nous le dira.

En attendant, c’est la capacité de nos pays à mettre en ordre de bataille leurs politiques, économies, leurs administrations et leurs populations qui interroge. L’ordre dispersé est inhérent à l’héritage d’un continent kaléidoscopique qui s’est forgé et transformé dans des affrontements séculaires trop souvent oubliés de nos jours. Et les velléités de divergence restent fortes. Marc Bloch analyse bien dans “L’étrange défaite” les sources de l’aplatissement de la première armée du monde dans la bataille de France: il manquait l’envie.

Aujourd’hui, le rôle de nos entreprises est essentiel. Elles maillent inégalement des territoires divers, fuyant les “diagonales du vide”, leur préférant les grandes métropoles massifiées, irriguées et hyper connectées généralement concurrentes entre elles. L’information circule, comme les capitaux, le savoir et les individus, les uns cédant à la facilité, les autres aux avantages qu’offrent des carrières avantageuses, tout cela dans un ballet linguistique et culturel tellement enthousiasmant.

En ces temps où le cap est incertain, un rôle tout particulier échoit aux entreprises industrielles et technologiques dont les activités sont déjà impliquées dans l’écosystème de défense ou songent à le pénétrer. Aux capacités, « assets » et expertises accumulées dans tous nos pays doivent s’adjoindre les meilleurs talents.

Notre kaléidoscope européen revêt de telles diversités, à commencer par celles objectivement offertes par le spectre des langues et des cultures, qu’il s’agit attirer et recruter les candidats cadres et les plus à même de dénouer ces nœuds, de casser les codes, de travailler en transverse faisant fi des frontières. Et cela dans un contexte très concurrentiel où les tous les secteurs sont concurrents entre eux.

L’industrie de Défense n’est pas nécessairement et naturellement un aimant à talents, sauf pour des cursus très normés. Il faut être disruptif, sortir de la boîte et être créatif pour attirer les meilleurs, évaluer en interne les plus méritants et les faire progresser.

L’expertise de numaH consiste précisément à accompagner les ETI et PME européennes à franchir ce Rubicon. Nous sommes des experts de l’équation plurilingue et du multiculturel.

Notre connaissance des entreprises industrielles et technologiques européennes nous permet de proposer aux industriels de la Défense des solutions complètes et créatives avec une grande flexibilité.

Construisant sur cette analyse de Nicolas Rogier, Grégoire Depeursinge examinera les défis auxquels font face les entreprises dans le nouveau contexte géopolitique et l’impact de ceux-ci sur les besoins en capital humain. Ce ne sont pas seulement les États qui doivent s’adapter, mais aussi les entreprises qui doivent repenser leurs stratégies pour survivre et prospérer dans ce nouvel environnement. Il s’agit de se doter des compétences techniques et humaines nécessaires pour réussir.

Media

Nicolas Rogier entouré de 2 cadres de la 27ème Brigade de Montagne française

Démonstration des troupes de montagne lors du SITM à Grenoble les 12 et 13 février 2025

Image de Nicolas Rogier

Nicolas Rogier

Nicolas Rogier, expert en défense spécialisé en recrutement et gestion des talents, est diplômé de Saint-Cyr et ancien officier de l'Armée de terre française. Il a servi à la 27ème Brigade d'Infanterie de Montagne, à la Direction Centrale des Réseaux d'Infrastructure et des Systèmes d'Information, et à l'État-Major de la 3ème Division. Il a suivi la 20ème session de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale et de la Fondation Méditerranéenne d'Études Stratégiques.